Le Business Travel Index 2025-2026 publié par la Global Business Travel Association a chiffré la dépense mondiale de voyages d’affaires à 1,57 trillion de dollars en 2025 et la projette à 1,62 trillion en 2026, soit une croissance de 8,1 % sur un an après 7 % en 2025. Le seuil pré-pandémique de 2019, longtemps tenu pour un plafond psychologique du secteur, est franchi pour la première fois cette année.
En Europe, l’exercice 2026 doit atteindre 389,9 milliards d’euros, en hausse de 8,2 %. La France s’inscrit en dessous du rythme continental avec 31,6 milliards d’euros attendus, soit une progression de 2,2 % par rapport à 2025 selon les agrégats sectoriels repérés par Air Journal et Reed and Mackay en mars dernier. Près de 45 % des entreprises françaises annoncent un budget voyages orienté à la hausse en 2026.
Ces nombres dessinent la toile de fond. Ils ne disent rien, en revanche, de la manière dont la dépense s’est redéployée : moins de trajets, mieux choisis, plus exigeants sur la qualité de la prestation et sur la lisibilité environnementale du fournisseur. La grande remise francilienne, qui sert le haut du panier corporate, est l’une des principales bénéficiaires de ce déplacement, à condition d’avoir compris ce que la demande corporate attend désormais d’elle.
Une reprise en volumes, une rupture en pratiques
La caractéristique structurelle de l’après 2020 reste la sélectivité accrue des déplacements professionnels. La visioconférence a absorbé la partie aréique des réunions intra-groupe et des points commerciaux. Ce qui subsiste, dans les politiques voyages des grands groupes, ce sont les rendez-vous à forte valeur ajoutée : négociation finale, clientèle stratégique, comité de direction délocalisé, conférence sectorielle dont l’effet de réseau ne se réplique pas en ligne.
Conséquence directe sur la facturation au kilomètre : quand une entreprise envoie un dirigeant à Paris, c’est pour des heures qui coûtent cher en interne. Le poste transport au sol passe alors devant le modèle taxi ou VTC d’application au profit d’une prestation fiable, ponctuelle et silencieuse, même à tarif double. Le ratio classique 150 € de course taxi contre 250 à 300 € de transfert grande remise ne se discute plus dans les directions achats des comptes SBF 120 dès lors que la chaine s’arrête une fois sur cinq sur le trajet le moins cher. Le coût d’une absence de fiabilité sur un rendez-vous corporate fait l’objet d’une grille désormais documentée, comme l’a montré la dynamique +9,72 % du corporate ridesharing français entre 2024 et 2026.
Le rebond, vu depuis Paris
L’Île-de-France concentre la demande corporate française. Trois faits y convergent en 2026. La fréquentation aéroportuaire francilienne a franchi en 2024 les 107 millions de passagers, dont une fraction décisive de voyageurs d’affaires internationaux qui débarquent en zone CIQ avec un calendrier dense. La densité de palaces, établissements cinq étoiles et hubs MICE de Paris reste sans équivalent européen. Le maillage Grand Paris Express commence à basculer une partie des transferts standards vers le rail tout en concentrant la valeur du transport privé sur la prise en charge à quai et le door-to-door multi-étapes.
Pour l’opérateur grande remise francilien, ce triple effet vaut feu vert sur le segment mais durcissement du cahier des charges. L’analyse de la pression aéroportuaire francilienne à 107 millions de passagers le montre poste par poste : un transfert CDG vers le 8e arrondissement à 9 h 30 ne se vend plus sur le seul prix. Il se vend sur la capacité à tenir l’horaire en cas de retard avion, à prévoir une attente sans alerte intempestive, à remettre une facture conforme à l’outil de gestion notes de frais du donneur d’ordre.
Le voyageur premium 2026 : ce qu’il commande, ce qu’il refuse
Le profil-type décrit par les baromètres sectoriels a changé depuis 2019. Le voyageur d’affaires actuel arrive plus préparé, plus exigeant sur le tempo, plus intéressé par les services d’extension personnelle de son déplacement. Il réserve plus tôt lorsque le voyage intègre une dimension privée (28 jours en moyenne contre 22 pour un déplacement strictement professionnel selon les agrégats American Express Global Business Travel) et il considère la qualité du transport au sol comme un marqueur d’attention de l’employeur.
Ce voyageur lit la cabine dès la porte. Il observe la propreté du tableau de bord, la présence d’une bouteille d’eau tempérée, la maitrise par le chauffeur du nom du donneur d’ordre. Trois détails suffisent à situer l’opérateur dans l’esprit de l’assistante de direction qui rentrera le nom dans la prochaine consultation. Le profil 2026 du voyageur premium parisien le confirme : la décision d’achat se joue fréquemment sur des marqueurs d’expérience qui n’apparaissent jamais dans le brief commercial mais qui ressortent toujours dans le compte-rendu post-voyage.
Le bleisure n’est plus l’exception
American Express Global Business Travel et l’application Naboo, dans leurs baromètres respectifs 2026, situent à 74 % la part de voyageurs d’affaires français ayant prolongé un déplacement professionnel pour raison personnelle au cours des douze derniers mois. La part s’est installée très au-dessus du tiers cité jusqu’en 2024. La géographie française du bleisure se hiérarchise après Paris autour de Bordeaux, Cannes, Marseille et Nice.
Pour la grande remise, cette montée du bleisure ouvre une ligne d’offre nouvelle. La même berline ou le même Classe V mobilisé pour le segment professionnel du jeudi peut servir le samedi soir au Marais, à un dîner au Sud, à la rentrée d’une soirée théâtre. La transaction sort alors de la rigidité corporate (forfait fixe, kilométrage facturé au TMC, attente plafée) pour basculer sur la mise à disposition heure premium. L’opérateur qui sait offrir cette bascule sans changement de véhicule ni de chauffeur capte la totalité d’un week-end prolongé.
Omnibus, CSRD, Scope 3 : ce que mars 2026 a changé
La directive Omnibus, adoptée le 16 décembre 2025 par le Parlement européen, validée le 24 février 2026 par le Conseil et publiée au Journal officiel de l’Union le 26 février, est entrée en vigueur le 18 mars 2026. Elle a relevé le seuil d’assujettissement de la directive CSRD à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, recentrant le reporting de durabilité sur le CAC 40, le SBF 120 et les ETI de la tête de classement. Le nombre de data points ESRS a parallèlement été ramené d’environ 1 100 à 300, selon le conseil technique EFRAG de fin novembre 2025.
Pour la grande remise, le rebond du périmètre ne fait pas disparaître la pression Scope 3 amont. Les grands groupes assujettis demandent toujours à leurs fournisseurs de mobilité un relevé d’émissions par trajet. Le donneur d’ordre CAC 40 ne libellera plus son cahier des charges autour de la conformité ESRS sectorielle complète mais il continuera d’exiger une trace carbone exploitable en consolidation Scope 3. L’opérateur qui dispose d’une méthodologie carbone par trajet alignée sur ISO 14083 et CountEmissionsEU conserve l’avantage décisif sur ses concurrents qui restent en déclaratif.
Le mix flotte : ce que la demande 2026 réclame
La demande corporate 2026 pousse vers trois mouvements de flotte concomitants. Premier mouvement : l’électrification progressive du parc Classe E et Classe S, portée par la pression réglementaire ZFE et par le besoin de produire un relevé CO2 par trajet crédible. Deuxième mouvement : la montée en gamme du tier inférieur, avec disparition progressive du Renault Talisman et de l’Audi A6 ancienne génération au profit d’EQS, BMW i7 et Mercedes Classe S phase 4. Troisième mouvement : l’arrivée du Classe V hybride rechargeable pour les groupes 4 à 7 personnes, qui prend le relais des solutions diesel disqualifiées par la ZFE Crit’Air 2 de Paris étendue en 2026.
Sur la totalité de ces trois axes, l’observation de la bascule de la flotte VTC premium francilienne vers l’électrique montre que les opérateurs qui investissent maintenant consolident une avance qui se traduira dès 2027 en part de marché sur les comptes corporate équipés en politique voyages compatible Scope 3.
L’intégration TMC, ligne de fracture des prochains exercices
La dernière bénédiction commerciale s’appelle intégration TMC. Les Travel Management Companies (American Express GBT, Reed and Mackay, BCD Travel, CWT, FCM) opèrent les plateformes de réservation corporate qui combinent vol, train, hôtel et mobilité sol dans une interface unique. L’opérateur grande remise référencé dans ces plateformes bénéficie d’une exposition naturelle auprès des gestionnaires de voyages d’entreprise, sans coût commercial direct. L’opérateur indépendant qui ne s’y connecte pas reste cantonné aux recommandations de bouche à oreille et au sourcing direct, soit un canal de moins en moins compatible avec la centralisation achats des grandes maisons.
L’exercice 2026-2027 sera celui où les opérateurs grande remise qui n’ont pas construit cette interface technique vont décrocher silencieusement du segment SBF 120. La concurrence ne se gagne plus sur la qualité du chauffeur seul. Elle se gagne sur la qualité du chauffeur, la connectique aux outils du donneur d’ordre, et la trace environnementale exploitable en consolidation annuelle.
Le verdict de cycle
Le voyage d’affaires français a retrouvé ses volumes pre-2019 sans retrouver ses pratiques. Les opérateurs grande remise franciliens qui ont absorbé cette mutation pendant les six dernières années en sortent renforcés. La demande premium reste portée, le tarif unitaire monte, le client final est moins regardant sur le prix s’il est rassuré sur la fiabilité, la trace carbone et la possibilité d’extension bleisure. Les opérateurs qui restent sur le modèle forfait fixe taxi-comparable, sans outillage TMC ni méthodologie carbone, vont sortir du jeu des appels d’offres sans même l’avoir compris. Le creux 2020-2023 a fait office de filtre. L’exercice 2026 distribue les nouvelles cartes.
Sources et références
- Global Business Travel Association (GBTA), Business Travel Index Outlook Annual Global Report and Forecast, éditions 2025 et 2026, projection 1,57 trillion $ 2025 et 1,62 trillion $ 2026, croissance +7 % en 2025 et +8,1 % en 2026, source gbta.org.
- Meetings International, projection Europe 389,9 milliards d’euros 2026, hausse +8,2 % vs 2025, source meetingsinternational.com, publié février 2026.
- Air Journal et Naboo, agrégats marché français 2026, chiffre d’affaires voyage d’affaires France 31,6 Md€ (+2,2 % vs 2025), 45 % d’entreprises annonçant un budget voyages en hausse.
- American Express Global Business Travel, baromètre bleisure 2026 : 74 % des voyageurs d’affaires ayant prolongé un voyage professionnel sur les douze derniers mois, anticipation 28 jours bleisure contre 22 jours strict pro.
- Directive (UE) 2026/394 Omnibus, révision CSRD, publiée au Journal officiel le 26 février 2026, entrée en vigueur le 18 mars 2026, seuils relevés à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, simplification ESRS d’environ 1 100 à 300 data points selon conseil technique EFRAG novembre 2025.
- Atout France, Direction générale des entreprises, données 2024 sur la fréquentation aéroportuaire francilienne (107 millions de passagers) et le poids du tourisme d’affaires sur les nuitées professionnelles franciliennes.
Observatoire marché VTC
La reprise corporate 2026 redistribue le marché francilien au profit des opérateurs grande remise outillés sur la fiabilité, la trace carbone et l’intégration TMC. Grande Remise documente trimestriellement l’évolution des volumes, des tarifs unitaires et des cahiers des charges des grands comptes pour aider la filière à calibrer son offre.
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